L’Aïkibudo Club de Foix a eu le plaisir de recevoir Maître FLOQUET lors d’un stage national au mois d’avril 2016.  Ce fut un grand plaisir mais aussi un honneur de recevoir notre senseï  dans la cité fuxéenne. Des participants de toute la grande région sont venus depuis Frontignan, Tarbes ou Toulouse et bien sûr l’ensemble des 4 clubs ariégeois.

 

 

 

Après l’échauffement complet mené par Benoit de Toulouse et complété par quelques exercices de latéralisation dont le Senseï a le secret, celui-ci est rentré tout de suite dans le vif du sujet avec quelques déplacements (TAÏ SABAKI) : IRIMI et NAGASHI (sur pied avant et arrière) en rappelant quelques principes simples mais essentiels :

- les rotations sont initiées par le bassin (SEIKA TANDEN) et non par le haut du corps (épaules) ou le bas (jambes)

- pour pouvoir pivoter, il faut que l’axe du pivot traverse le corps et donc placer celui-ci au-dessus du pied en appui

- disponibilité des mains ouvertes, placées devant soi, épaules détendues

 

Puis nous avons commencé l’étude du TSUKI-UCHI-NO-KATA. Certains se sont dit alors que c’était sûrement un préambule à des exercices autrement plus sophistiqués qui n’allaient pas tarder à arriver. En fait beaucoup d’entre nous considèrent cet enchaînement comme un simple éducatif destinés à apprendre aux débutants quelques attaques de base (3 frappes directes et 3 frappes indirectes) mais le Senseï nous a fait comprendre que c’est loin de n’être que çà !

 

Nous avons, dans un premier temps, revu la gestuelle avec ses particularités propres à l’AÏKIBUDO :

- pas de HIKITE (HIKI : retrait – TE : main) car cela provoque souvent un retrait de l’épaule et donc une vrille du buste mais c’est aussi une erreur « stratégique » puisque çà renseigne l’adversaire sur l’origine du prochain coup qui devient donc prévisible !

- épaules basses et détendues, mains ouvertes dès que le coup est porté.

- travail important du bassin qui apporte la puissance.

 

Enfin, Me Floquet a rappelé l’un des principes de base de l’AÏKIBUDO qui va être le thème de la journée et le fil conducteur du travail qui allait suivre :

«  C’est le mouvement qui créé la technique et non le contraire »

 

Autrement dit, la technique n’est qu’une partie du mouvement quelle ne fait que prolonger. C’est en s’intégrant au mouvement du partenaire que le pratiquant va pouvoir enchaîner  une technique dont le choix va se faire spontanément, par son placement, d’une manière naturelle. Peu importe cette technique, elle va s’imposer d’elle-même, sans opposition, sans violence, en canalisant le mouvement, tout en contrôle. Il va sans dire que le moment propice où cela va être possible est très bref et demande une attention sans faille : c’est l’art d’être dans l’instant !

 

Ce fut également le moment de rappeler que l’AÏKIBUDO se place d’emblée sur la voie du juste milieu entre « la violence (faussement efficace car provisoire) et la pratique éthérée (totalement inefficace) ».

Le TSUKI-UCHI-NO-KATA étant notre base de travail, nous avons donc commencé à appliquer ce principe aux différentes phases de cet enchainement. Ne pas stopper le mouvement mais le prolonger en s’inscrivant dans sa dynamique pour appliquer une technique cohérente avec la situation.

La première application fut ROBUSE TENKAN sur CHOKU TSUKI CHUDAN :

départ en AÏ HANMI NO TACHI – l’attaquant porte CHOKU TSUKI CHUDAN – le partenaire, inverse ses pieds sans casser la distance et canalise la frappe avec son bras opposé – il accompagne le mouvement (un peu comme SHINOGI) sans changer sa direction – puis, profitant du mouvement, il soulève le bras tout en le faisant passer devant lui jusqu’à se retrouver sur son extérieur grâce à une forte rotation du bassin (voir OKACHI : passer de l’autre côté ?) tout en saisissant le bras à 2 mains et en l’inscrivant dans une spirale autour de ses hanches – projection ou immobilisation au sol.

 

On a pu  constater tout de suite l’intérêt de travailler à partir de ce kata : les deux pratiquants sont très proches et cela oblige à « manœuvrer » dans le MA-AÏ (espace séparant les deux partenaires) ; on se rend compte alors qu’on a souvent tendance à être trop éloignés dans le travail habituel d’où les efforts pour « rattraper » la distance qui nous manque en compensant maladroitement par des gestes parasites ou par de la force. Par contre, on s’aperçoit de la difficulté de l’exercice avec l’entrée en jeu de facteurs difficiles à contrôler comme l’émotivité due justement au fait de la proximité de l’attaque …

 

On est « rentré » dans le concret dès enchaînement suivant avec la 2ème frappe : GYAKU TSUKI CHUDAN et très vite quelques « bleus » ont fait leur apparition au niveau des côtes !

 

Ça parait très simple au niveau pratique : après la 1ère canalisation il suffit en ramenant le bras contre celui qui porte le GYAKU TSUKI, de se déporter de manière à sortir de l’axe pour avancer ensuite sur le côté de l’attaquant tout en lui repliant le bras en KATA HA (Aile de poulet). Ce n’est pas aussi facile surtout si on veut appliquer le principe de fluidité sans arrêter le mouvement.

 

Les fronts ont commencés à s’égoutter et les kimonos à se tremper sérieusement lors de l’application de la 3ème frappe : HIKI TSUKI CHUDAN suite à la contre-attaque en CHOKU TSUKI CHUDAN. On a convenu de suivre le mouvement par un TENBIN NAGE  car le placement est naturel et la technique se présente spontanément.

 

Il faut admettre que les grands principes posés en préalable en début de matinée, se sont fortement dilués dans un espèce de cafouillage où chacun après avoir essayé de ne pas trop se faire toucher, tentait d’imposer sa technique absolument. Fini la fluidité, la spontanéité et surtout la prolongation du mouvement d’où devait « jaillir » la technique.

 

Chacun a pu prendre conscience du chemin qui reste à parcourir après ce simple exercice. S’il est vrai que la technique n’est pas une fin et qu’elle doit jaillir naturellement sans questionnement sur son choix, on mesure la maîtrise des nombreux paramètres qui doit permettre le déroulement parfait d’un mouvement.

Le stage s’est poursuivi avec les 3 phases suivantes du kata qui sont les 3 UCHI où les partenaires sont encore plus près qu’avec les 3 TSUKI précédents. Si les techniques possibles sont faciles à trouver, il est difficile par contre de ne pas céder à la tentation d’utiliser la force pour rabattre le coude du partenaire par exemple sur le JYUN UCHI. Le Senseï a beaucoup insisté sur le fait de ne pas arrêter le mouvement afin de profiter au maximum de l’énergie de l’attaquant et de l’utiliser pour inscrire le mouvement dans une spirale.

On a vu des ROBUSE , MAE HIJI KUDAKI , HIJI GAESHI … sur le JYUN UCHI – Des UDE GARAMI , YUKI SHIGAÏ… sur le HINERI UCHI – Des MUKAE DAOSHI, ASHI TORI … sur le GYAKU UCHI. Une bonne partie des KIHON NAGE SHODAN et NIDAN est possible mais, encore une fois, l’essentiel n’est pas le choix de la technique qui ne doit pas être prémédité mais qui doit s’imposer naturellement par le placement, dans la continuité du mouvement.

 

Travail passionnant et très physique surtout quand il est pratiqué  dans la dynamique. C’est bien essoufflés et surtout les kimonos bien trempés que tout le monde s’est arrêté pour la pause de midi.

 

Nous avions rendez-vous au restaurant des Forges de Pyrène, magnifique écomusée de l’outillage rural que nous n’aurons pas l’occasion de visiter malgré l’envie de certains, un après-midi studieux nous attendant au dojo fuxéen.

 

L’après-midi a gardé la tonalité de la matinée. Même si l’activité a été moins « physique » du point de vue dépense d’énergie, le thème de travail est resté le même : ne pas casser le mouvement, s’inscrire dans la trajectoire de l’attaque, travailler avec tout le corps.

 

Pour cela Me Floquet nous a proposé de revoir le SUWARI-WAZA-NO-KATA. Encore un kata vu parfois un peu vite dans les clubs car pas très spectaculaire et dont le sens n’est pas toujours bien perçu… et en plus, il fait mal aux genoux !

Comme le TSUKI-UCHI-NO-KATA, le SUWARI-WAZA-NO-KATA permet de travailler très proche du partenaire mais il s’en distingue en nous libérant du souci des déplacements. De plus, de par le travail à genoux et la faible distance entre les partenaires, il oblige à actionner le corps avant les bras et donc de prendre conscience du TAÏ SABAKI qui n’est pas une simple esquive mais un déplacement du corps avant tout (bassin) et ainsi à surmonter l’habitude d’employer la force (des bras!) contre la force.

 

Laissant délibérément de côté , par manque de temps, l’aspect formel du kata, le Senseï nous a demandé de travailler les attaques/saisies avec le même état d’esprit que le matin. Il faut reconnaître que la fluidité est peut-être plus accessible sur ce type de saisie par rapport aux TSUKI et UCHI plus impressionnants. Le fait de se sentir plus « agressés » par une frappe a fait que nous avons privilégiés les jambes et les bras et qu’il nous a manqué le travail du bassin mis en valeur dans le SUWARI-WAZA-NO-KATA.

 

L’autre avantage de cet enchaînement, est de mettre en évidence l’importance du temps de réaction : le SEN. Pas besoin de grands discours pour se rendre compte que le moindre retard dans la réactivité est fatal et que le mouvement est stoppé définitivement à moins d’employer la force ce qui n’est évidemment pas le but recherché !

 

Enfin, l’après-midi s’est terminé par une révision du KIHON OSAE WAZA SHODAN avec un travail tonique où KYU et YUDANSHA mélangés ont pu prolonger tout le travail fait précédemment. Cela nous a permis d’avoir une vision différente de ce kata qu’on a tendance à « hacher » en oubliant les fondements de l’AÏKIBUDO que Me Floquet nous a patiemment rappelé tout au long de cette journée studieuse.

Lors de ce stage, notre Senseï nous a donné des clefs pour prendre conscience de quelques grands principes de notre école :

- le mouvement avec ce qui le caractérise (fluidité, spontanéité …)

- la posture juste (SHISEÏ) et l’harmonie des gestes (AIKI)

- l’espace où se déroule l’action (MA-AÏ) et le temps de réaction (SEN)

 

Il reste à ne pas les oublier et veiller à ne pas retomber dans une routine confortable en revenant dans nos clubs respectifs. Rendez-vous au prochain stage pour voir si le « message » est passé …


Le dernier randori de la journée s’est déroulé autour du pot de l’amitié